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Bertrand Brocard - Cobra SoftCobra - Brocard a VeniseCobra - Dans les Griffes du CobraCobra Soft 1985Cobra Soft

 
 

L'assassin revient toujours sur les lieux du crime...

Après la difficile confession des enfants d'Exxos du mois dernier, une nouvelle mission m'incombe : retrouver Bertrand Brocard, le caïd de Cobra Soft, le cerveau d'une série de meurtres mystérieux. Les journaux ont récemment parlé d'une étrange affaire à Venise où l'on retrouve la patte du gang de Chalon ! Aussitôt dit, aussitôt fait, je pars pour la cité lacustre.

A peine débarqué du train, je tombe sur lui. Bertrand Brocard himself, sûr de son immunité, n'hésite pas à se promener ouvertement dans une ville que son gang menace de détruire. J'entame une filature dans les règles de Fart, mais mon bonhomme connait la musique : il se contente d'observer la ville. Un indice quand même me met la puce à l'oreille : il ne consulte jamais son plan et semble se diriger les yeux fermés dans les ruelles tortueuses de la cité vénitienne. Visiblement, il a repéré le terrain. Après plusieurs heures de marche sous un soleil printanier, je décide que ce petit jeu a assez duré. Avant d'aborder le big boss, je vérifie rapidement mon équipement : appareil photo, magnétophone, revolver... paré. Faut pas me prendre pour un cave : j'vais pas à la castagne sans biscuits.

Le nom de la chose

Visiblement, l'homme ne se confie pas à la légère. J'essaie de l'aborder de différentes manières, mais rien n'y fait. Cest finalement devant un capuccino au Café Florian (bonjour la note de frais...) qu'il se met à table. "Cobra Soft a été créé il y a plusieurs années, commence Brocard, et...". Je l'interromps immédiatement pour lui faire cracher le morceau. On veut tout savoir, à commencer par sa première rencontre avec un micro.

Il raconte : "Cela s'est fait par hasard. J'ai commencé par avoir un Z80, qui avait 1 Ko de mémoire. Je l'avais acheté par curiosité, pour voir. Et j'ai développé de petites applications intéressantes. Ensuite, je suis passé rapidement au ZX8I avec extension 16 Ko. Enfin, ça a été l'Oric, et c'est alors que tout à commencé. Par exemple, j'ai fait avec lui le dépouillement et la publication des élections municipales de Chalon. Ça a fait un choc aux caves qu'avaient jamais vu un micro de leur vie. J'ai également fait des softs de facturation et de compta. Parfaitement, avec un Oric !". Le cerveau s'est enfin décidé à parler. On va en apprendre de belles...

L'inconnu du Nord-Express

"Peu après, coniinuc-t-il, ce fut l'ouverture d'une boutique micro. On vendait essentiellement de l'Oric, au départ. C'est d'ailleurs comme ça que j'ai recruté Bertin".

Bertin ? Ah ! oui, le fameux premier fusil du gang, celui qui, avec Roland Morla, est à la base de coups de Cobra. "J'ai rencontré Bertin d'une manière étonnante. Il ne connaissait pas bien l'Oric, il venait juste de m'en acheter un. Je lui ai aussi vendu un langage Forth en cassette. Mais il y avait eu un problème de duplication et il manquait une partie du programme, ce que je ne savais pas. C'est Bertin qui est venu me le dire quelques jours plus tard : il avait lui-même réécrit ce qu'il manquait. A ce moment-là, je me suis dit que ce type était une tête, et on s'est mis à bosser ensemble..."

L'assassin habite au CPC

Comment le gang a-t-il réussi à prendre autant d'importance ?
"Facile, réplique Brocard. Tu vois p'tit gars, faut du flair dans ce turbin. Et y'a une machine que j'ai senti le premier jour où je l'ai vue, c'est l'Amstrad. On a réussi à avoir un 464 rapidement pour la boutique, et on s'est mis à développer jour et nuit dessus, comme des malades. Au bout de quelques semaines, nous sortions une série de treize programmes, les seuls disponibles en français pour la machine".
Je sentais qu'on s'approchait enfin de quelque chose de précis. Il allait lâcher le morceau. "Pour l'époque, ces programmes tenaient tous la route, même s'ils sont dépassés aujourd'hui, reprend-il. Et parmi eux, il y avait Meurtre à Grande Vitesse". Je me pose une question : comment pareilles horreurs ont-elles germées dans son cerveau ? Qu'est-ce qui a fait basculer un respectable citoyen dans le monde du crime et de la délinquance informatique ? "En essayant tout simplement défaire quelque chose d'original, d'inédit et d'ajouter en plus des indices réels vendus avec le soft".

La mort aux trousses

Après c'est l'escalade, des coups toujours plus audacieux, plus riches et plus fouillés : "Meurtres sur l'Atlantique nous a posé beaucoup de problèmes de packaging à cause des indices. Par contre, je tiens à préciser que, contrairement à ce que certains plumitifs écrivent, la cartouche rouge contient bien un révélateur pour de l'encre invisible. Et en plus, c'est très utile dans le jeu". Gulp. Raconte pas ta vie, Brocard, parle-nous plutôt de la suite : "Pour Meurtres en Série, nous avons été préparer le terrain sur l'Ile de Sark. De nombreux joueurs s'y sont rendus et n'ont pas été déçus du voyage, je peux vous le dire".

Combien de temps cela prend-il de concevoir un jeu comme Meurtres à Venise ? "Très difficile à dire. Mais entre la première idée du soft et sa réalisation finale, il faut bien compter un an. Je suis venu faire un repérage, prendre des photos et m'imprégner de l'ambiance. Ensuite, j'ai réfléchi au thème général. Comme on connait les problèmes actuels de terrorisme et la menace de pollution et d'érosion sur Venise, j'ai imaginé qu'un groupe de terroristes voulait faire sauter la ville".

Retour devant le Grand Canal dans un Vaporetto, les bateaux-autobus vénitiens qui circulent dans les canaux. Notre homme devient bavard et nous décrit une à une les maisons que l'on retrouve, exactes au pixel près, dans le soft. "En fait, le Campanile de la place Saint-Marc nous a posé un grand problème. Il était trop haut. Pendant un moment, on a songé à le faire exploser. En fait, on s'est contenté de le couper. La bombe, elle, est ici. Dans ce palais doré, on rencontre quelqu'un de très utile..." Il n'en dira guère plus, pour ne pas déflorer le soft.

Touchez pas au grisbi !

Mais mon enquête n'est pas encore finie. Par exemple, comment réussit-il à se procurer les indices ? Essayez donc de trouver 20 000 pellicules photos usagées dans votre quartier, vous vous apercevrez du problème... "Tu crois quand même pas que je vais cracher le morceau, dès fois qu'un lousdé me pique mon taff'. Pressé par nos soins, il nous révèle une partie de son iraffic. "Pour les pellicules, j'ai été voir tous les photographes de mon bled qui m'ont fourni petit à petit, pendant des mois. Et puis, un fabricant a fini par m'en donner plusieurs milliers. De toute manière, tout est fait àlamain par l'équipe de Cobra : nos packagings sont trop complexes pour le service fabrication d'infogrames". Tiens, Infogrames, puisqu'on en parle ! Un de mes indics m'avait glissé un tuyau dans l'oreille : il paraît que des changements se préparent dans le groupe. Mais Brocard reste muet sur le sujet, ou presque. Tout au plus glissc-t-il : "S'il devait y avoir des changements, c'est sans doute qu'ils seront jugés nécessaires"...

Un meurtre sera commis le ...

Quel autre coup nos célèbres hommes de main préparent-ils ? Vont-ils réussir, une fois de plus, à nous surprendre et à nous ravir ? "Je ne peux pas vous révéler grandchose. Simplement que le prochain Meurtre retrouvera peut-être le TGV, mais du côté de l'Atlantique... Et le suivant... dans de nouveaux espaces inexplorés. Mais pour que tu viennes me retrouver à cet endroit-là, il faudra organiser des charters sur la fusée Ariane..."

Mission accomplie. Courant de Vaporetto (autobus aquatiques vénitiens) en Aliscafi (idem en plus rapide), je saute juste à temps dans le train en pensant que, décidément, il reste encore quelques parrains imaginatifs et originaux dans le soft français. Pourvu que la mafia anglaise ou américaine ne vienne pas les racketter...

L'inspecteur Fontenay , MICRONEWS n°20 (1989-04) - Page 8,9,10

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L'Amstrad CPC est une machine 8 bits à base d'un Z80 à 4MHz. Le premier de la gamme fut le CPC 464 en 1984, équipé d'un lecteur de cassettes intégré il se plaçait en concurrent  du Commodore C64 beaucoup plus compliqué à utiliser et plus cher. Ce fut un réel succès et sorti cette même années le CPC 664 équipé d'un lecteur de disquettes trois pouces intégré. Sa vie fut de courte durée puisqu'en 1985 il fut remplacé par le CPC 6128 qui était plus compact, plus soigné et surtout qui avait 128Ko de RAM au lieu de 64Ko.