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| Emmanuel Viau | Le Rachat d'Ere Informatique (Science et Vie Micro) | ERE Informatique |
Bruno Bonnell pour Infogrames. Quant à Laurent Weill de Loriciels, il a commencé par écrire des logiciels Oric pour une petite boutique du côté de la gare de Lyon à Paris. Les trois éditeurs ont démarré en apportant les premiers logiciels français à des ordinateurs qui en manquaient cruellement : les Sinclair pour Ere, les Thomson pour Infogrames, les Oric pour Loriciels. Les acheteurs sejetaient sur tout ce qui sortait. Quatre ans après, le paysage a changé : Infogrames a connu une croissance extraordinaire et emploie plus de cent salariés, Loriciels occupe une place honorable, le poids lourd institutionnel FIL tient le haut du pavé après avoir été imposé par le deus ex machina du plan Informatique pourtous... et Ere est resté en gare. « J'aurais du m'intéresser d'avantage à la distribution », dit Emmanuel Viau, qui reconnaît avoir souffert de son manque d'expérience commerciale face à ses concurrents. Ere Informatique a manqué le démarrage de l'Oric, celui de Thomson et celui d'Amstrad.
Cet éditeur avait très peu de logiciels à son catalogue, ce qui l'a empêché de mettre en place un réseau de distribution ; il n'a jamais eu de programmeurs internes, ce qui l'a empêché d'adapter ses logiciels sur plusieurs machines, et notamment sur le Commodore 64, indispensable pour l'exportation ; le savoir-faire d'Ere Informatique n'existait en définitive qu'au travers d'auteurs extérieurs, ce qui lui ôtait tout contrôle sur les délais ; il ne pouvait que suivre le marché, et non lui imprimer sa volonté.
Ajoutez à ces faiblesses structurelles le coup de tabac qui a touché tous les éditeurs de logiciels familiaux français en juin 1986 : les ventes ont baissé de 80 % à cette époque, et la société a connu des pertes importantes. Ere n'était pas assez fort pour résister. Aujourd'hui, les deux nouveaux partenaires reconnaissent mutuellement leurs qualités et leur défauts. « Ils font des logiciels sans âme » , dit Emmanuel Viau. « Ils sont dix fois plus géniaux que nous en création » , dit Bruno Bonnell. « Ils ont fait presque zéro franc de chiffre d'affaires à l'export » , dit Bonnell. « Je suis resté sur le cul quand je suis allé les voir à Lyon, ils assurent ! » , dit Viau. Bref, tout le monde est d'accord. Ere Informatique, qui gardera une large autonomie, apportera sa créativité et son talent pour attirer les auteurs indépendants de qualité (une trentaine gravitent autour de la société) ; Infogrames apportera son équipe de développement interne et son poids commercial. Premiers pas : rationaliser la fabrication et convertir les logiciels existants sur d'autres machines pour I export. Infogrames, qui a pris en main la distribution d'Ere Informatique à l'étranger, affirme avoir déjà signé des contrats pour la vente de 10 000 exemplaires de Crafton et Xunk en Angleterre et en Allemagne. Mais une zone d'ombre demeure : la distribution en Le 13 mars dernier, les trois partenaires de cette affaire faisaient, à quelques heures d'intervalle, des déclarations parfaitement contradictoires. Bonnell, d'Infogrames : « La distribution exclusive d'Ere appartient à FIL, et nous respecterons cet accord ». Viau, d'Ere Informatique : « Ere est distribué à la fois par FIL et par Cadre » (la filiale de distribution d'Infogrames). Robineau, de FIL: « Sur la demande d'Ere Informatique, que nous avons reçue fin février, nous ne distribuons plus leurs produits. » La transparence règne ! Et pour couronner le tout, Bonnel et Robineau, laissaient, chacun de leur côté, prévoir des « événements importants pour les prochains jours ». À suivre... SCIENCE&VIE MICRO n°38 (AVRIL 1987)
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